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Petit guide psychologique du confinement

Trois milliards et demi de personnes dans le monde, et la quasi-totalité de la population en France. Nous découvrons tous le « confinement ». Dans des conditions très différentes les uns des autres: solitude ou promiscuité, surcharge de travail ou oisiveté, espace de vie réduit ou grande maison vide, ennui ou sollicitations permanentes, etc. Il ne semble pas y avoir de situation idéale, sauf pour les amoureux de calme qui trouvent une compensation à ce bouleversement de nos habitudes.

A mesure qu’on envisage la prolongation de cette mesure, on commence à se préoccuper de ses conséquences sur le plan psychologique, maintenant pendant le confinement, et au delà.

Des études sont d’ores et déjà en cours pour tenter d’évaluer ces conséquences. Nous disposons aussi de l’expérience de catégories de personnes soumises au confinement, pour des raisons et dans des contextes très différents: détenus, chercheurs dans des stations isolées, marins (tout spécialement à bord des sous-marins), astronautes.

Chez les personnes qui présentent des troubles du psychisme ou du comportement, le confinement peut soulager momentanément (par exemple ceux qui souffrent d’agoraphobie ou de phobie sociale). Il peut aussi souvent aggraver les symptômes: dans de nombreux troubles anxieux, les troubles de l’humeur, le stress, les syndromes post-traumatiques, les troubles alimentaires, etc.

En rompant des équilibres construits sur l’évitement, la situation de confinement peut aussi devenir un révélateur de difficultés relationnelles (à l’intérieur de la famille par exemple) ou existentielles (par la confrontation soudaine à la vulnérabilité ou à la mort).

N’oublions pas bien sûr le burn out qui guette les professionnels du soin, en première ligne du combat contre l’épidémie; et plus largement tous ceux qui sont chargés de maintenir la vie sociale et économique du pays.

Quelques mesures de prévention pour soi-même

Perception. Une même situation peut être perçue comme une adversité ou comme une opportunité. Cette différence de perception changera complètement la façon dont vous la vivrez.

Travail. Il est important d’avoir chaque jour des tâches à accomplir. Elles vont rythmer votre journée, vous donner le sentiment de rester actif et utile.

Un coin à soi. Aussi exigu que soit votre logement, essayez de vous aménager un coin à vous. Un petit meuble, un rideau, un paravent, un tapis au sol, peuvent suffire à délimiter temporairement une zone « privée », que vous personnaliserez avec des couleurs, un éclairage ou une déco à votre goût.

Vivre au présent. Vivez une journée à la fois, et le plus possible concentré sur le moment présent. Regretter le passé, regarder trop loin en avant, vous impatienter ou compter les jours ne fera que rendre le confinement plus pénible.

Humour. Rester capable de rire et de dédramatiser est un excellent moyen de dissoudre les tensions du quotidien.

Dialoguer. La conversation est un excellent moyen de passer le temps tout en resserrant les liens et en améliorant la compréhension mutuelle. D’ordinaire ces moments sont un luxe; aujourd’hui ils vous sont offerts!

Résoudre les conflits. En vase clos, un désaccord voire un simple malentendu ont tôt fait de dégénérer en conflit insupportable. Apprenez à les désamorcer rapidement et à maintenir la communication. Une bonne occasion de vous initier à la « communication non violente ».

Faire des stocks de positif. Il est facile d’écouter les mauvaises nouvelles en boucle et de ne brasser que des inquiétudes. Limitez donc votre exposition aux médias, et contre-balancez avec des sources de pensées positives et constructives.

Accepter. Refuser la situation, même inconsciemment, ne sert à rien. Le coronavirus est indifférent à vos états d’âme. Le signe que l’on n’accepte pas une situation est très souvent la colère. Accepter ne veut pas dire que vous vous réjouissez, mais que vous permettez à cette situation de faire partie de votre expérience.

Evacuer le stress et la peur. Deux ennemis jurés de votre système immunitaire. Vous ne pouvez certes pas vous empêcher de les ressentir par moments, mais veillez à limiter tout ce qui peut les entretenir. Et intégrez dans votre programme quotidien quelques exercices simples de relaxation, individuelle ou en famille.

Activité physique. Encore un bon allié de votre équilibre mental, nerveux et psychique. Il n’y a pas besoin de beaucoup de place ou de matériel, et vous trouverez tous les tutos que vous voulez sur Internet.

Résister aux compensations faciles. Il est tentant d’aller chercher le plaisir et la stimulation qui nous manquent dans l’alcool, la nourriture, les jeux vidéo, le surf sur Internet, les séries télé, etc. Mais attention aux doses! Variez les activités et les sources de gratification.

Maintenir le lien. Surtout si vous aimez la solitude ou si vous vous sentez déprimé, faites un effort pour maintenir du lien avec l’extérieur. Si le confinement est pour vous une souffrance, partagez-la avec quelqu’un, et au besoin utilisez les lignes d’écoute gratuites qui se mettent en place.

Soyez vigilant. Autant sur le plan psychologique que sur le plan physique. Surtout si vous souffrez déjà d’un trouble du psychisme ou du comportement, ou si vous vivez avec quelqu’un dont c’est le cas. Et si vous constatez une détérioration chez vous ou autour de vous, n’hésitez pas à appeler un professionnel.

Quelques mesures de prévention pour vos proches

Pour soutenir ou rassurer vos proches (parents, amis, collègues de travail), la première chose à faire est de prendre soin de vous-même en appliquant dans votre propre vie quotidienne les conseils de prévention ci-dessus.

Même si vous vous sentez impuissants dans la plupart des situations, vous pouvez faire beaucoup avec les quelques gestes qui suivent:

Encourager. Ne soyez pas avares de vos félicitations et de vos encouragements. C’est du carburant pour ceux qui les recevront.

Ecouter. Si l’on vous confie des inquiétudes ou souffrances, vous serez généralement dans l’incapacité de corriger la situation, mais votre écoute attentive sera déjà un soulagement.

Maintenir la communication. Pris dans la spirale du stress, de l’irritation ou de la dépression, il est très facile de couper la communication. Malheureusement en situation de confinement beaucoup de stratégies de fuite ne sont plus possibles. Alors communiquez tout de suite.

Positiver. Il est facile de ne plus parler que de l’épidémie et de ses conséquences possibles sur notre avenir. Mais tous les experts en conduite automobile vous le diront: regarder un obstacle est le meilleur moyen de rentrer dedans. Il faut regarder plus loin. Alors puisez dans votre stock de positif.

Rassurer. Difficile de rassurer sur un avenir que personne ne contrôle. Mais vous pouvez toujours rassurer quelqu’un sur le fait que ce qu’il ressent est normal, et sans doute partagé par beaucoup de gens autour de lui. Il n’est donc pas seul. La crise se traverse collectivement, pas individuellement.

En conclusion

N’oubliez pas que votre santé psychique (stress, émotions, pensées) influe sur votre condition physique et sur votre immunité. Quelques mesures de prévention sur le plan psychologique mettront donc toutes les chances de votre côté pour bien traverser ces semaines de confinement et pour repartir d’un bon pied quand la vie reprendra.

Des services d’écoute gratuits se mettent en place. Beaucoup de psychologues restent joignables par téléphone, par chat, par messagerie et même par visioconférence. Certains sont prêts à adapter leurs tarifs pour permettre l’accès à des consultations en ligne. N’hésitez pas à les solliciter. En ce qui me concerne, je répondrai à toutes les questions que cet article pourrait susciter.

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